On l'aperçoit souvent là-haut sur la falaise,
Les jambes dans le vide et le regard ailleurs,
L'océan à ses pieds qui de son chant l'apaise,
Et l'épiant dans les airs un goéland railleur.

Il reste là assis et tout le jour observe,
La brume qui s'élève au petit matin frais,
Les vagues doucement qui s'échouent de conserve
Et s'en viennent mourir sur la roche de grès...

Il est l'oiseau, il est la vague, il est l'écume,
Il arpente les airs, serpente sous les mers,
Il est l'astre solaire au levant qui s'allume
Et il est le voilier qui contourne l'amer.

Le vent dans ses cheveux vient lui chanter mystères
Et vieux contes marins : histoires de vaisseaux
Qui viennent s'échouer aux embruns délétères
Montant sournoisement de gouffres abyssaux,

Récits de flibustiers, de trésors dans les îles,
Arrachés dans le sang et les coups de canon
A quelqu'autres forbans ou monstres indociles...
Celui qui rêve là, nul ne connaît son nom ;

Il est l'oiseau, il est la vague, il est l'écume,
Il erre du regard par-delà l'horizon,
Il est l'île lointaine et son volcan qui fume
Et il est le ruisseau sifflotant les saisons.

Le goéland parfois descend sur son épaule,
Lui caresse la joue et murmure tout bas
On ne sait quelle fable, un jour triste, un jour drôle,
Alors que l'océan s'agite en contrebas,

Et c'est les yeux fermés que le vieil homme écoute,
Son sourire ridé dirigé vers les cieux,
Le récit d'un marin qu'une sirène envoûte,
Le vol de l'albatros au plané silencieux...

Il est l'oiseau, il est la vague, il est l'écume,
Il glisse entre deux eaux et le jour et la nuit,
Il est la lune froide et son pâle costume,
Il est l'étoile au loin qui brille sans un bruit.

On le voit quelques fois musardant sur le sable
De son pas nonchalant par le reflux léché,
Associant aux embruns des bouquets impalpables
Qui viennent du lointain, là où l'on met sécher

Le jasmin et le thé ou la fraîche vanille.
Il se laisse narrer ces parfums inconnus,
Imagine un marché aux accents de Manille
Ou de quelque autre lieu un peu plus méconnu...

On moque bien souvent sa folle silhouette
Qui ploie au gré du vent ainsi qu'un vieux roseau,
Mais je pense surtout qu'il n'est rien que poète,
Qu'il est la vague, aussi l'écume, et puis l'oiseau...

10/2015 © JFP