Une plume, des mots

Une plume, des mots... Des coups de coeurs et des rêves. Le tout en poèmes, parfois construits, parfois simple rivière de mots s'enchainant en chantant... Et des photos, des couleurs ramenées de mes promenades, et tout ce qui passe devant mon objectif

05 mars 2016

Chemin de traverse

Dans la forêt profonde, après bien des errances
Sous les chaudes couleurs d'un automne indolent,
Je me voyais perdu lorsqu'un rire insolent
L'atmosphère nimba de lugubres fragrances...

La forêt est changeante, et plus ne reconnais
Ni l'arbre sur ma gauche ou le roc à ma droite ;
Une allée se dessine, esquisse maladroite,
Je n'entends même plus l'oiseau qui chantonnait.

"Que se passe-t-il donc ?" me murmure en silence
Mon esprit apeuré. D'un coup le jour s'éteint,
Une brume s'élève et l'angoisse m'étreint
Lorsque vive lueur du fond du bois s'élance !

La surprise est immense et me laisse pantois
Lorsque l'être de feu approche mon visage,
Mais son chant cristallin conte plus doux présage
Qui de par sa magie éclaire le sous-bois.

L'être en réalité était bien mille fées
Qui m'envoûtent déjà de leur vol insouciant,
Viennent vampiriser jusqu'à mon subconscient,
Succubes sans pitié d'esprit frais assoiffées...

Puis les voici bientôt qui tout autour de moi
Elèvent une cage aux couleurs de leurs ailes,
Et le ricanement de ces frêles oiselles,
Si ingénu soit-il, mûrit mon désarroi.

C'est d'un commun accord qu'ensemble elles s'élancent,
Emportant leur fardeau vers d'autres horizons,
Cortège traversant le temps et les saisons
Entre les arbres noirs, filant avec aisance

Vers un ailleurs lointain, étrange et inconnu.
Les fleurs y sont d'argent, d'ambre ou de tourmaline,
Le soleil est de miel, l'eau y est cristalline
Et chacun qui vit là fête le bien venu...

Les arbres par ici ont des feuilles si grandes
Qu'une seule suffit à faire un parasol
Pour savourer la sieste, allongé sur le sol,
Dont chaque créature ici semble friande.

La nuit dans le sous-bois sonnent d'étranges chants ;
Sans doute vaut-il mieux alors ne pas s'y perdre
Et rester près du feu pour y jouter du verbe,
Ou y conter rieur l'après-midi aux champs.

Quelques fois la veillée au moins jusqu'à l'aurore
La place fait tinter, de musique et de cris
Et de rires aussi, quand le petit vin gris
Qu'on boit jusqu'à plus soif pousse à la métaphore.

Je suis resté longtemps en ce lieux mystérieux,
A courir la campagne au milieu des licornes,
Ou escorté d'une elfe aux si étranges cornes
Et aux yeux si profonds que j'en fus amoureux...

Et même si parfois la nostalgie anime
Le fond de mon esprit, grandissent entre nous
D'improbables enfants sautant sur nos genoux,
Que le monde d'un rêve a sortis de l'abîme.

11/2015 © JFP

Posté par Djoe l indien à 20:44 - - Commentaires [ 15] - Permalien [ #]
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17 janvier 2016

Le rêveur

On l'aperçoit souvent là-haut sur la falaise,
Les jambes dans le vide et le regard ailleurs,
L'océan à ses pieds qui de son chant l'apaise,
Et l'épiant dans les airs un goéland railleur.

Il reste là assis et tout le jour observe,
La brume qui s'élève au petit matin frais,
Les vagues doucement qui s'échouent de conserve
Et s'en viennent mourir sur la roche de grès...

Il est l'oiseau, il est la vague, il est l'écume,
Il arpente les airs, serpente sous les mers,
Il est l'astre solaire au levant qui s'allume
Et il est le voilier qui contourne l'amer.

Le vent dans ses cheveux vient lui chanter mystères
Et vieux contes marins : histoires de vaisseaux
Qui viennent s'échouer aux embruns délétères
Montant sournoisement de gouffres abyssaux,

Récits de flibustiers, de trésors dans les îles,
Arrachés dans le sang et les coups de canon
A quelqu'autres forbans ou monstres indociles...
Celui qui rêve là, nul ne connaît son nom ;

Il est l'oiseau, il est la vague, il est l'écume,
Il erre du regard par-delà l'horizon,
Il est l'île lointaine et son volcan qui fume
Et il est le ruisseau sifflotant les saisons.

Le goéland parfois descend sur son épaule,
Lui caresse la joue et murmure tout bas
On ne sait quelle fable, un jour triste, un jour drôle,
Alors que l'océan s'agite en contrebas,

Et c'est les yeux fermés que le vieil homme écoute,
Son sourire ridé dirigé vers les cieux,
Le récit d'un marin qu'une sirène envoûte,
Le vol de l'albatros au plané silencieux...

Il est l'oiseau, il est la vague, il est l'écume,
Il glisse entre deux eaux et le jour et la nuit,
Il est la lune froide et son pâle costume,
Il est l'étoile au loin qui brille sans un bruit.

On le voit quelques fois musardant sur le sable
De son pas nonchalant par le reflux léché,
Associant aux embruns des bouquets impalpables
Qui viennent du lointain, là où l'on met sécher

Le jasmin et le thé ou la fraîche vanille.
Il se laisse narrer ces parfums inconnus,
Imagine un marché aux accents de Manille
Ou de quelque autre lieu un peu plus méconnu...

On moque bien souvent sa folle silhouette
Qui ploie au gré du vent ainsi qu'un vieux roseau,
Mais je pense surtout qu'il n'est rien que poète,
Qu'il est la vague, aussi l'écume, et puis l'oiseau...

10/2015 © JFP

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24 décembre 2015

Le conteur

Un petit conte ou presque, pas de noël... Mais peut-être ce conteur passera-t-il près de chez vous, et s'arrêtera-t-il pour vous en conter un ;-)

Cet homme était conteur et par vaux et par monts,
De village en village au gré de ses errances,
Parcourait le pays sans compter ses souffrances,
De légende en légende et lutins en démons

Sa joie était le soir près de la cheminée
De narrer sans répit les fabuleux récits
Puisés en d'autres lieux, en termes si précis
Que l'assistance était rien moins que fascinée

Tout le jour il marchait sous le vent, la chaleur,
Sous le grain qui s'abat jusqu'à trouver refuge
Dans les moindres recoins (et par quel subterfuge ?)
De cet épais manteau qui n'a plus de couleur

Il a dû parcourir mille et mille autres lieues
A force de marcher de colline en vallons,
Recherchant les hameaux nichés dans les blés blonds
Et les villes fuyant autant que leurs banlieues.

Contre quelque mangeaille il narrait sans tarder
Les histoires sans fins de sorcières méchantes,
De bois noirs et maudits aux sentes malfaisantes
Sous lesquels il n'osait même se hasarder

Il abaissait parfois la voix (presque un murmure)
Quand le vent au dehors se faisait mécontent
Et toquait à la porte et battait le battant
Tel un monstre cherchant à briser une armure !

La magie était là, donner vie il savait
A cette étrange faune aux relents maléfiques,
A ces elfes des bois aux robes mirifiques
Rencontrés dans le noirs des contrées qu'il bravait

La magie était là dans les fables glanées
Aux lèvres des aïeux, dans les contes créés
Les soirs de pleine lune aux vents désemparés
Que lui soufflaient parfois quelques âmes damnées.

Le 13/06/2013 © JFP

Joyeux Noël à toutes et à tous

Posté par Djoe l indien à 15:31 - - Commentaires [ 11] - Permalien [ #]
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27 octobre 2015

Le vallon d'Autre-Monde

C'est un endroit magique, aux confins de ce monde,
On n'y accède pas sans la bénédiction
D'un sylphe ou d'un esprit de la forêt profonde,
En même encore ainsi, c'est avec précaution !

Les arbres sont retors des branches aux racines,
Traîtres sont les ruisseaux qui coulent sans un son,
Lustrant sous leur miroir les pierres assassines
Qui plongent le distrait au milieu des poissons.

Dans les sous-bois des fleurs, aux effluves mortelles,
Disséminent dans l'air leur doucereux poison
Qui te fera danser de folles tarentelles,
Jusqu'à te voir au soir tomber en pâmoison.

C'est un endroit unique habité par des elfes,
Des lutins des sorciers, des licornes aussi,
Un vieux faune et sa flûte, allongé sur le trèfle
A lutiner sa muse au regard indécis...

Le temps s'est arrêté, murmure la légende,
Et s'arrête pareil pour tous ceux qui s'en vont
Loin sous le bois épais, tout au bout de la lande,
Pour prendre ce chemin que garde un fier griffon

Sourd à la facétie. A ses pieds on ne passe
Qu'une fois dans la vie, et quiconque chemin
Rebrousse tout soudain sous ses griffes trépasse,
Etirant sur le sol une nappe carmin...

C'est un lieu mirifique aux bords de l'utopie,
Par la lune bercé de reflets de diamants
Qui projettent sans bruit, sur la flore assoupie,
Un voile de blancheur aux soyeux filaments.

Il s'y déploie un lac aux vagues d'émeraude,
Où baignent sans pudeur des nymphes aux corps nus,
Ambrés par un soleil en quête de maraude,
Sur ces courbes de soie aux faux airs ingénus...

Mais la légende en a, hélas, perdu la carte
Et les rêves sont seuls à savoir le sentier ;
Dès que mes yeux sont clos j'aperçois la pancarte
Qui m'invite à glisser, juste sous l'églantier.

Le 16/05/2015 © JFP

Posté par Djoe l indien à 18:43 - - Commentaires [ 15] - Permalien [ #]
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05 mars 2014

La vallée oubliée

C'était fière vallée impassible et bien verte,
Coincée entre deux monts au regard attendri,
Blancs de neige souvent, tout d'arbres recouverte,
Aussi de champs fleuris et du chant des perdrix.

Une claire rivière en courbes gracieuses
Ondulait en son sein, épiant tous les secrets
Que murmurent sans fin, en joutes gazouilleuses,
Les habitants discrets de ses rives de grès.

L'aurore s'y plaisait à jouer de paresse,
Comme si sa lumière aimait à savourer
Le parfum silencieux qui naît de sa caresse,
Tentant de dénicher sous chacun des fourrés

Quelque gai chansonnier sifflotant son aubade.
L'homme y avait taillé les pierres de granit
Pour en bâtir hameaux et petites bourgades
Aux jardins parsemés du bleu de l'aconit.

Le passant s'y plaisait. Le berger faisait paître
Ribambelles d'agneaux dès le soir de l'hiver,
Sous l'oeil inquisiteur d'un vieux garde-champêtre,
Lorsque la neige encor se battait sur le vert.

Le meunier y meulait, à l'ombre d'un vieux saule,
Le seigle et la châtaigne et l'épeautre ou le blé,
A l'automne emplissait quelque tonneau de gnôle
Comme bien d'autres gens en ce temps oublié.

C'était verte vallée où s'ébattait la grive,
Le loup et même l'ours, les amoureux cachés
Derrière les bosquets, la loutre sur la rive
Ou le geai dans son bois, innocemment niché.

Un pèlerin, un jour, les chemins de traverse
Emprunta par hasard, le bâton à la main,
La cape sur l'épaule et redoutant l'averse ;
Depuis cent remet son départ à demain...

C'était douce vallée à l'ombre de la vie
Des êtres trop pressés, où le temps ralenti,
De l'aube jusqu'au soir, musardait à l'envie,
Lutinait gente dame en poète apprenti.

Les cartes y menant furent un jour perdues
Et n'arrivèrent plus que quelques égarés,
Harassés de leurs nuits dans les neiges fondues,
Charmés de découvrir ce pays bigarré...

Ne reste aujourd'hui las, que ruines affaissées
Nourrissant verte ortie et lierres rougissants
Fenêtres sans carreaux par les vents traversées,
Charpentes sans toiture et planchers pourrissants :

L'homme a rendu un jour à sa mère, Nature,
Ce vallon indolent où sa place n'est pas,
Parenthèse hors du temps comme une appogiature
Dans sa valse allégro vers son propre trépas...

Le 06/09/2013 © JFP

Posté par Djoe l indien à 20:43 - - Commentaires [ 10] - Permalien [ #]
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