Une plume, des mots

Une plume, des mots... Des coups de coeurs et des rêves. Le tout en poèmes, parfois construits, parfois simple rivière de mots s'enchainant en chantant... Et des photos, des couleurs ramenées de mes promenades, et tout ce qui passe devant mon objectif

21 juin 2016

Souvenirs à venir

C'est grand-mère le soir qui contait la nature,
La brume au fond du coeur, du fond de son fauteuil
Aux larges accoudoirs et elle en miniature,
Dans ce sous-sol obscur des bas-fonds d'Argenteuil,

Et nous, nous écoutions, les pupilles luisantes
De trop imaginer le souffle de l'autan
Dans les branches de l'arbre et ses feuilles bruissantes,
Le chat-huant perché, le renard grelottant.

Elle contait sans fin les soirs à la terrasse
A mirer le couchant ajustant ses atours,
Avant que de son noir la nuit ne le terrasse,
Et qu'une lune au loin n'allume les contours

Des bois environnants où le hibou s'éveille...
Et nous ? Nous écoutions, le coeur ensorcelé
Par la voix qui disait le jardin qui sommeille
Sous un ciel apaisé, d'étoiles constellé...

Grand-mère aussi contait la fureur de l'orage,
Les éclairs crépitant sous les nuages lourds,
Les yeux éberlués à travers le vitrage
Et les coups de tonnerre à en devenir sourd !

Et nous, nous écoutions, à nous en vriller l'âme
Pour tenter d'inventer le soleil et le ciel,
Les fleurs dans la vallée et l'oiseau qui déclame
La geste du printemps, et l'abeille, et le miel...

Elle contait toujours, comme pour être sûre
De ne rien oublier : le ruisseau serpentant
Sous les reflets d'argent, le gel et sa morsure,
L'amour au bord de l'eau qui arrête le temps.

Et nous ? Nous écoutions, esquissant des peintures
Sur le fond de nos yeux, la chèvre dans l'enclos
Qui gambade gaiement, l'automne et ses teintures,
Ou dans le petit jour la rose qui éclot...

Mais grand-mère bientôt ne dira plus d'histoire,
Emportant ses récits dans le froid de sa nuit,
Et plus ne revivra du fond de sa mémoire
Le coucou en avril, le pinson sous le buis,

Et nous, nous écrirons les légendes futures
Qui parleront d'avant, de l'orge qui mûrit,
De la biche qui fuit au milieu des pâtures,
De l'herbe qui verdit, du lilas qui fleurit...

Le 26/06/2015 © JFP

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05 mars 2016

Chemin de traverse

Dans la forêt profonde, après bien des errances
Sous les chaudes couleurs d'un automne indolent,
Je me voyais perdu lorsqu'un rire insolent
L'atmosphère nimba de lugubres fragrances...

La forêt est changeante, et plus ne reconnais
Ni l'arbre sur ma gauche ou le roc à ma droite ;
Une allée se dessine, esquisse maladroite,
Je n'entends même plus l'oiseau qui chantonnait.

"Que se passe-t-il donc ?" me murmure en silence
Mon esprit apeuré. D'un coup le jour s'éteint,
Une brume s'élève et l'angoisse m'étreint
Lorsque vive lueur du fond du bois s'élance !

La surprise est immense et me laisse pantois
Lorsque l'être de feu approche mon visage,
Mais son chant cristallin conte plus doux présage
Qui de par sa magie éclaire le sous-bois.

L'être en réalité était bien mille fées
Qui m'envoûtent déjà de leur vol insouciant,
Viennent vampiriser jusqu'à mon subconscient,
Succubes sans pitié d'esprit frais assoiffées...

Puis les voici bientôt qui tout autour de moi
Elèvent une cage aux couleurs de leurs ailes,
Et le ricanement de ces frêles oiselles,
Si ingénu soit-il, mûrit mon désarroi.

C'est d'un commun accord qu'ensemble elles s'élancent,
Emportant leur fardeau vers d'autres horizons,
Cortège traversant le temps et les saisons
Entre les arbres noirs, filant avec aisance

Vers un ailleurs lointain, étrange et inconnu.
Les fleurs y sont d'argent, d'ambre ou de tourmaline,
Le soleil est de miel, l'eau y est cristalline
Et chacun qui vit là fête le bien venu...

Les arbres par ici ont des feuilles si grandes
Qu'une seule suffit à faire un parasol
Pour savourer la sieste, allongé sur le sol,
Dont chaque créature ici semble friande.

La nuit dans le sous-bois sonnent d'étranges chants ;
Sans doute vaut-il mieux alors ne pas s'y perdre
Et rester près du feu pour y jouter du verbe,
Ou y conter rieur l'après-midi aux champs.

Quelques fois la veillée au moins jusqu'à l'aurore
La place fait tinter, de musique et de cris
Et de rires aussi, quand le petit vin gris
Qu'on boit jusqu'à plus soif pousse à la métaphore.

Je suis resté longtemps en ce lieux mystérieux,
A courir la campagne au milieu des licornes,
Ou escorté d'une elfe aux si étranges cornes
Et aux yeux si profonds que j'en fus amoureux...

Et même si parfois la nostalgie anime
Le fond de mon esprit, grandissent entre nous
D'improbables enfants sautant sur nos genoux,
Que le monde d'un rêve a sortis de l'abîme.

11/2015 © JFP

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24 décembre 2015

Le conteur

Un petit conte ou presque, pas de noël... Mais peut-être ce conteur passera-t-il près de chez vous, et s'arrêtera-t-il pour vous en conter un ;-)

Cet homme était conteur et par vaux et par monts,
De village en village au gré de ses errances,
Parcourait le pays sans compter ses souffrances,
De légende en légende et lutins en démons

Sa joie était le soir près de la cheminée
De narrer sans répit les fabuleux récits
Puisés en d'autres lieux, en termes si précis
Que l'assistance était rien moins que fascinée

Tout le jour il marchait sous le vent, la chaleur,
Sous le grain qui s'abat jusqu'à trouver refuge
Dans les moindres recoins (et par quel subterfuge ?)
De cet épais manteau qui n'a plus de couleur

Il a dû parcourir mille et mille autres lieues
A force de marcher de colline en vallons,
Recherchant les hameaux nichés dans les blés blonds
Et les villes fuyant autant que leurs banlieues.

Contre quelque mangeaille il narrait sans tarder
Les histoires sans fins de sorcières méchantes,
De bois noirs et maudits aux sentes malfaisantes
Sous lesquels il n'osait même se hasarder

Il abaissait parfois la voix (presque un murmure)
Quand le vent au dehors se faisait mécontent
Et toquait à la porte et battait le battant
Tel un monstre cherchant à briser une armure !

La magie était là, donner vie il savait
A cette étrange faune aux relents maléfiques,
A ces elfes des bois aux robes mirifiques
Rencontrés dans le noirs des contrées qu'il bravait

La magie était là dans les fables glanées
Aux lèvres des aïeux, dans les contes créés
Les soirs de pleine lune aux vents désemparés
Que lui soufflaient parfois quelques âmes damnées.

Le 13/06/2013 © JFP

Joyeux Noël à toutes et à tous

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07 mars 2015

Le bazar du bizarre

Un texte écrit pour le défi du samedi (cliquer pour accéder au sujet et aux autres textes), sur la photo d'une boutique "le bazar du bizarre".

Nous étions dimanche lorsque je m'arrêtais devant la porte ; un dimanche après-midi, et la ville était déserte. Pas une âme vivante, hormis les ombres dansantes de trop rares nuages épars flirtant avec le soleil. Ainsi qu'un chat aperçu furtivement quelques instants auparavant.
Il semblait y avoir de la lumière à l'intérieur mais le soleil rendait la chose difficile à voir. Avec une légère hésitation je poussais la porte et celle-ci s'ouvrit en grimaçant, le tout sur un léger couinement sorti d'outre-tombe... Je n'allais pas repartir en courant, j'ai ma fierté ! Je suis alors entré. Tout doucement. Et peut-être pas aussi rassuré que je que je tentais de paraître...

Personne pour m'accueillir, sinon un fatras inexprimable d'objets loufoques et divers : cartes postales, mobiles au plafond, jeux de cartes et amoncellements de dés, luminaires et babioles de décoration, vieilles croûtes invendables ou services à gnôle dépareillés et un rayon de poupées de porcelaine presque souriantes aux robes légèrement délavées et aux pommettes roses. Les mobiles s'agitaient sans raison apparente comme pour me suivre des yeux et il me vint à l'esprit que les rayonnages n'étaient plus disposés de la même façon qu'en entrant... Peut-être n'était-ce que le fruit de mon imagination... Mais je me souviens parfaitement de ce petit rire aigu et cristallin, alors que j'observais, perplexe, l'intérieur de l’échoppe en tournant le dos aux poupées.

J'étais persuadé que la disposition avait changé, maintenant. Ce n'était pas forcément très marqué mais j'étais bien sûr de ne pas pouvoir retrouver la sortie en reprenant mon parcours en sens inverse ! Les meubles changeaient de place ; j'en ai vu un terminer sa lente glissade au moment où je tournais la tête ! Bien sûr, devant ma mine décomposée un nouveau ricanement se fit entendre, un peu plus grinçant, un peu plus perçant, un peu plus inquiétant... Il me semblait également entendre quelques murmures, de plus en plus nombreux et qui se mettaient à tournoyer dans le magasin : "tu ne sortiras pas...", "viens dans nos bras...", "...l'éternité avec nous...", sans parler de tout ce que je ne comprenais pas mais qui ne m'avait pas l'air de bien meilleure augure !

J'essayais de retrouver la porte : ouf, elle était toujours là. Mais pris dans ma réflexion, je n'entendais pas le léger vrombissement qui s'approchait ; un vieux biplan me cogna l'arrière du crâne avant de fuir à tire-d'aile ! Une très ancienne horloge se mit à sonner les douze coups de minuit sur un rythme endiablé, accompagnée presque aussitôt par un coucou qui entrait et sortait sans cesse de son chalet suisse ! Les poupées souriaient et un tigre de bronze s'étirait en se léchant les babines, sur un meuble vermoulu qui couinait sous son poids. Là, j'ai fait "gllup"...
Je commençais alors à me faufiler entre les rayonnages dans l'espoir d'atteindre la sortie rapidement, lorsqu'un petit chiot en terre cuite, hideux au possible, me fit un croche-patte m'envoyant m'étaler de tout mon long, ma tête faisant alors connaissance avec une vieille souche surmontée d'une belle grosse hache de bûcheron aux allures presque guerrières. La chose s'annonçait périlleuse...

Apercevant une brèche je m'élançais soudain, mais une armée de petits soldats de plomb vint me couper la route tout aussitôt, et leur mine patibulaire m'incita à ne pas insister. Armés de lances et hallebardes pour partie, de longs fusils ou traînant de lourds canons pour les autres, il ne faisait aucun doute qu'ils cherchaient la bagarre : je sautais dans l'allée d'à côté ! Et même parvenait à avancer de cinq pas ! Une bouilloire à sifflet me sifflait son mécontentement mais elle n'était pas assez mobile pour me stopper. Les voix en fond chantaient : "qui entre ici jamais ne sort", "objets inanimés, nous voulons tous une âmes", "reste avec nous, nous avons plein de jeux rigolos !"... Moi je ne trouvais cela que moyennement rigolo !
Je fonçais droit devant, ralentis face à une armoire pour virer... et sa porte s'est ouverte pour me fermer la voie ! Une ribambelle de lapins en peluche s'est mise à me sauter dessus mais je réussissais tout de même à approcher de la sortie. Loin derrière, une tête de lion empaillée rugissait par-dessus les cris qui disaient "ne le laisser pas s'échapper !", "attrapez-le !". Moi, c'est la porte que j'attrapais et elle s'ouvrit en gémissant, mais finit par me laisser passer...

Dehors, la ville était déserte et immobile sous le soleil. J'ai aperçu un chat et son ombre dansante, juste avant qu'il ne cesse de sourire...

Le 05/03/2015 © JFP

 

 

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29 mars 2014

Le pigeon

un petit défi du samedi raté. Raté parce que je ne l'ai pas rendu à temps. C'est parfois court, une semaine...

Un pigeon voyageur, allant par monts et vaux,
Se promenait hardi par-dessus les nuages
Et servait de facteur en ces temps médiévaux
Où courir le pays faisait trop longs voyages.

Il rencontrait souvent pigeonne de son goût
Mais ne trouvait le temps de lui conter fleurette,
Malgré toute sa verve et son charmant bagout
Il fallait repartir et laisser la pauvrette !

Un ami suggéra, puisqu'il était facteur,
De lui laisser un mot de sa plus tendre plume ;
Il en transportait tant, ce presque migrateur,
Qu'une lettre de plus ne serait point enclume.

Aussitôt dit fut fait, l'encrier fut ouvert !
Le papier recouvert de sa plus belle prose
(Qu'on aurait pu se dire : oh mais ça vaut Prévert !)
Qui lui teindra la joue en un timide rose

Se trouva peu après en quatre replié,
Enroulé à la patte et serti de l'alliance
Qu'il comptait bien offrir une fois arrivé ;
Et le voilà parti, tout bouillant d'impatience...

Mais à destination, hélas on a ôté,
Et le petit mot doux et la bague jolie,
Et la belle pigeonne en a tant rigolé
Qu'entre ses plumes se pâma toute étourdie.

Le 17/02/2014 © JFP

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05 mars 2014

La vallée oubliée

C'était fière vallée impassible et bien verte,
Coincée entre deux monts au regard attendri,
Blancs de neige souvent, tout d'arbres recouverte,
Aussi de champs fleuris et du chant des perdrix.

Une claire rivière en courbes gracieuses
Ondulait en son sein, épiant tous les secrets
Que murmurent sans fin, en joutes gazouilleuses,
Les habitants discrets de ses rives de grès.

L'aurore s'y plaisait à jouer de paresse,
Comme si sa lumière aimait à savourer
Le parfum silencieux qui naît de sa caresse,
Tentant de dénicher sous chacun des fourrés

Quelque gai chansonnier sifflotant son aubade.
L'homme y avait taillé les pierres de granit
Pour en bâtir hameaux et petites bourgades
Aux jardins parsemés du bleu de l'aconit.

Le passant s'y plaisait. Le berger faisait paître
Ribambelles d'agneaux dès le soir de l'hiver,
Sous l'oeil inquisiteur d'un vieux garde-champêtre,
Lorsque la neige encor se battait sur le vert.

Le meunier y meulait, à l'ombre d'un vieux saule,
Le seigle et la châtaigne et l'épeautre ou le blé,
A l'automne emplissait quelque tonneau de gnôle
Comme bien d'autres gens en ce temps oublié.

C'était verte vallée où s'ébattait la grive,
Le loup et même l'ours, les amoureux cachés
Derrière les bosquets, la loutre sur la rive
Ou le geai dans son bois, innocemment niché.

Un pèlerin, un jour, les chemins de traverse
Emprunta par hasard, le bâton à la main,
La cape sur l'épaule et redoutant l'averse ;
Depuis cent remet son départ à demain...

C'était douce vallée à l'ombre de la vie
Des êtres trop pressés, où le temps ralenti,
De l'aube jusqu'au soir, musardait à l'envie,
Lutinait gente dame en poète apprenti.

Les cartes y menant furent un jour perdues
Et n'arrivèrent plus que quelques égarés,
Harassés de leurs nuits dans les neiges fondues,
Charmés de découvrir ce pays bigarré...

Ne reste aujourd'hui las, que ruines affaissées
Nourrissant verte ortie et lierres rougissants
Fenêtres sans carreaux par les vents traversées,
Charpentes sans toiture et planchers pourrissants :

L'homme a rendu un jour à sa mère, Nature,
Ce vallon indolent où sa place n'est pas,
Parenthèse hors du temps comme une appogiature
Dans sa valse allégro vers son propre trépas...

Le 06/09/2013 © JFP

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19 décembre 2013

L'escalier infernal

Un vieux défi du samedi que j'ai retrouvé, un peu caché :-)

Malgré la brume qui nageait entre les arbres, j'étais parti me promener cette après-midi là. Ce n'était pas un épais brouillard, juste un voile opalescent qui flottait sur la campagne. Le paysage était lumineux, peut-être un peu moins coloré qu'à son habitude...
J'ai suivi longtemps la rivière, bien plus loin que de coutume, et découvrait un paysage inconnu. L'eau chantait doucement, un héron s'enfuyait à mon approche,. Inlassablement, pour se poser un peu plus avant. Quelques passereaux changeaient d'arbre ou se cachaient plus profondément sous les feuilles. Le bruissement des insectes ronronnait au dessus des bosquets fleuris. C'est alors que s'offrit à ma vue, entre deux branches, cet objet métallique,  plus ou moins indéterminé puisque je n'en voyais qu'une petite partie.
Pénétrant le taillis, je me suis approché et découvrit ce qui semblait être un escalier à vis. Objet fort incongru en ce lieu puisque rien ne laisser soupçonner la moindre parcelle d'utilité à sa présence ! Même pas quelques pierres alentours qui auraient pu faire croire que jadis une maison se trouvait ici. Il n'était pas couché à terre mais bien vertical, pointant vers le ciel comme s'il servait à grimper sur les nuages. Et il semblait étonnamment stable. Assez en tout cas pour que l'idée de me hasarder dessus naisse dans mon esprit.

Lorsque mon pied fut sur la première marche, un petit panneau se dessina sur le montant central , que je n'avais pas vu jusqu'à présent ; je m'approchais et pus déchiffrer le message suivant : "Attention, cet escalier est sans fin !". "Quel plaisantin a pu avoir l'idée d'inscrire un truc aussi idiot ?", me demandais-je en commençant à monter.
En quelques enjambées j'avais parcouru le tour de vis qui montait à la cime. C'est alors qu'apparut un second panonceau : "Pourtant, on vous avait prévenu !". Perplexe, j'en profitais pour admirer la vue... Qui contre toute attente s'était volatilisée. Ce n'était pas le brouillard qui avait épaissi, non, c'était simplement le paysage qui avait disparu ! Il ne restait que l'escalier, flottant dans un univers sans couleur ni dimension.

Je suis redescendu, un soupçon de panique naissante rendait mes jambes un peu moins sûres qu'à la montée. Chose qui ne s'arrangeât pas lorsque je vis les premières marches disparaître ! A vue de nez, il allait falloir grimper si je ne voulais pas me perdre dans le vide. Ce que je commençais assez rapidement. Combien de temps allais-je endurer ce supplice ? Qui donc était derrière tout ça ? Je savais bien que j'aurais mieux fait d'arrêter de fumer depuis longtemps...
Au fur et à mesure que je montais, les marches qui disparaissaient en bas apparaissaient en haut, ce qui laissait présager quelques heures (jours ?) (semaines ?) (...) plutôt sportives ! Je veux bien avouer que le soupçon de panique augmentait proportionnellement au nombre de tours effectués, qui commençait à être conséquent après la première heure. J'aperçus une pancarte qui disait "La sortie est en haut !". Réconfortant, aucun doute là-dessus. Le plaisantin avait oublié le petit rire sardonique et ce n'était pas plus mal.

Je ne sais combien de temps j'ai continué ; les jambes commençaient à être douloureuses, les cuisses me tiraillaient. Le souffle allait à peu près, la montée n'est pas très rapide. Je me serais bien assis cinq minutes mais il me semblait que ce ne serait pas une très bonne idée. Un petit écriteau m'informa alors : "Il faut oser...". Je ne voyais pas trop ce que cela voulait dire et continuait à monter, encore et encore, je ne sais combien de temps. J'avais perdu toute notion du temps. Une marche = une éternité, à quelques siècles près.
C'est alors que j'ai compris (ou osait le croire), que la sortie était après la marche du haut, qu'il suffisait de la dépasser. Après être parvenu à l'atteindre, bien sûr ! Chose que j'ai tout de même réussi à faire, sans trop savoir dire si j'y avais passé un mois ou dix ans.

Je me suis alors retrouvé au milieu du bois, assez courbaturé pour me dire que je n'avais pas dû tout rêver. L'escalier avait disparu...
Depuis ce jour, je hais les escalier !
J'ai même fait raser l'étage de la maison pour aménager de plein pied...
Après les trois jours passés au lit, bien sûr !

02/2013 © JFP

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16 novembre 2013

Le Lutinoix

Texte écrit pour le défi du samedi, le sujet est ici, les autres participations sont ici

 

Dans cette noix, va donc savoir ce qui se cache !
Sa coque dure est un rempart pour le curieux
Qui aimerait percer à jour ce mystérieux
Délice brun qui le provoque, un rien bravache.

Mais attention ! L'objet est traître et se défend !
Prends un couteau pour séparer cette coquille
Et le parquet de rouge sang tu remaquilles,
Poussant un cri qu'on croirait ouïr un olifant...

Oui mais alors, cette noix-là, que contient-elle ?
Approche-là de ton oreille, écoute bien :
N'entends-tu pas comme un murmure, un presque rien,
Une chanson toute en douceur. Mais que dit-elle ?

Oh là ! Manant prend garde à toi, car ce secret
Est bien gardé. C'est un lutin d'humeur badine,
Un brin espiègle et qui je crois quelques fois dîne
Du sang perlant au bout du doigt d'un indiscret.

Mais si tu sais bercer la noix de ta comptine,
Son habitant, qui est curieux, veut écouter ;
La coque s'ouvre et laisse voir un farfadet,
Un peu fâché d'être tiré de sa routine.

Or le lutin, si dans le fond n'est pas méchant,
Je vous l'ai dit un peu plus haut est un espiègle
Qui s'affranchit sans foi ni loi de bien des règles
Lorsqu'il s'agit de se moquer d'un mécréant ;

D'une voix basse il psalmodie une formule
Et sa magie, en un sursaut, sort de la noix !
Se lève alors au fond du bois un vent sournois
Qui t'enveloppe et tout à coup te change en mule...

Etre curieux est un défaut qu'on dit vilain,
Et si tu sais ce que cachait ce fruit à coque
Te voilà beau, broutant ton herbe... Et tu t'en moques :
Tu n'iras plus enquiquiner d'esprit malin...

11/2013 © JFP

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27 juillet 2012

A travers un reflet

Encore et toujours sur une idée d'un défi du samedi :-)
Le sujet se trouve en cliquant là, l'ensemble des contributions en cliquant là

 

J'avais choisi cette maisonnette car j'aimais l'endroit où elle avait posé ses fondations : tout en haut d'une colline, juste à l’aplomb d'une falaise qui se perdait dans le lointain d'une vallée dont elle semblait être la gardienne.
Je l'avais visitée un matin où la-dite vallée était noyée de brumes, alors que le soleil se hissait par-dessus les crêtes qui lui faisaient face. Les ors matinaux d'un dieu s'éveillant se déversaient sur le brouillard en contrebas, et j'étais tout simplement tombé amoureux.

Ce matin-là je m'éveillais un peu après que le soleil ait franchi les montagnes qui pointaient d'une mer de nuages. Le ciel avait déjà pris la couleur bleue d'une chaude journée de printemps, l'astre du jour était rond et d'un jaune déjà vif, malgré la fraîcheur qui se battait encore sur la campagne. J'ouvrais les volets donnant sur la terrasse qui jouxtait la falaise pour profiter d'un petit déjeuner en plein air, de ce plein air qui me permettait de plonger mes yeux encore rêveurs dans les nuages de la vallée.
Surprise !
Mais qu'est-ce que c'est que ce truc ?
Que faisait donc cette ouverture dans le ciel ? Fenêtre, porte ? Que sais-je... Elle flottait là, au dessus de la vallée, à quelques pas du rebord de la falaise, dansant légèrement au gré d'une légère bise. Au travers j'apercevais un ailleurs qui semblait au moins aussi agréable que le lieu où je me trouvais. Un ruisseau semblait chanter une ballade douce à un arbre étrange qui se tenait à ses côtés, et celui-ci semblait apprécier la chose, assez pour faire onduler ces branches au rythme de cette musique.

Que faire ?
Je me sentais irrésistiblement curieux, Mais comment atteindre cette porte ?
En m'avançant il m'a semblé que l'air semblait étrangement réel, comme une passerelle lancée depuis le bord de la terrasse. J'ai posé un pied... Qui n'a pas traversé le vide. Cela semblait même assez solide pour me supporter.
J'avouerai tout de même que c'est le coeur battant que j'ai levé le second pied pour le faire avancer devant le premier ! Mais une fois le premier pas fait, pourquoi reculer ? Et c'est ainsi que, la sueur au front, j'ai atteint l'ouverture et m'y suis engouffré. Quel soulagement lorsque j'ai à nouveau foulé la terre ferme. Il régnait une douce chaleur malgré la petite brise qui courrait, le soleil était déjà haut dans le ciel et jetait ses rayons que quelques poissons reflétaient dans la rivière.

J'ai commencé à longer la rivière sans trop faire de bruit, ne sachant pas vraiment à quoi m'attendre : monde peuplé de créatures énormes assoiffées de chair fraîche ? Ou au contraire quelques paisibles herbivore sans animosité ?
Je l'ai suivie longtemps sans voir rien d'autre que des reflets aux couleurs étranges dans le ruisseau, qui ne correspondaient nullement avec ce que je voyais autour de moi. Par contre il me sembla plusieurs fois que le paysage se reflétait dans le ciel, juste de petits morceaux, comme si des miroirs avaient été accrochés à d'invisibles nuages... Peut-être étaient-ce d'autres ouvertures vers d'autres mondes, qui sait ? C'est à ce moment-là que je me suis demandé comment j'allais retourner dans le mien, d'ailleurs. Mais bien vite je me suis persuadé qu'il me suffirait de remonter la rivière dans l'autre sens.

Bientôt je trouvais un sentier qui s'éloignait de la rivière, et au loin aperçus une petite maison, ou une cabane. Même que de la fumée semblait s'en échapper, formant un léger nuage bleuâtre. J'ai donc pris ce sentier, je n'avais rien à perdre. Au bout d'une dizaine de minutes, il n'y avait plus de doute, c'était une petite maison de bois bordée de haies en fleur.
C'est alors qu'un bruit de course me fit me retourner ! Le temps de dire "ouf", un grand lapin blanc me passa sous le nez en criant "je suis en retard, je suis en retard !", les yeux rivés sur une montre qui sonnait.

C'est à ce moment-là que je me suis réveillé. Effectivement, je n'allais pas tarder à être en retard si je ne me levais pas tout de suite.
J'ouvre les volets donnant sur la terrasse qui jouxtent la falaise pour profiter d'un petit déjeuner en plein air, de ce plein air qui me permet de plonger mes yeux encore rêveurs dans les nuages de la vallée.
Mais...
Mais qu'est-ce que c'est que ce truc ?
Que fait donc cette ouverture dans le ciel ?

Le 19/07/2012 © JFP

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06 mars 2010

Le gardien

Dépenaillé et déchaussé
Cheveux au vent vraiment hirsute
Deux ou trois loques rapiécées
Contre la pluie, le froid, je lutte

Un chapeau vieux de paille sèche
Pour me porter un pieu planté
Pour les yeux deux noyaux de pêche
Un sourire presque édenté

J'ai pour amis quelques mésanges
Que mon métier est d'apeurer
Mais moi qui suit plutôt un ange
Je ne fais que les attirer

Elles me content leurs voyages;
Je rêve au son de ces récits
Que je parcours page après page
De Nancy jusqu'à Tbilissi

Elles me narrent des histoires
Cueillies sur le bord des balcons
Ou grappillées un soir au square
Couvert des tous premiers flocons

Elle me jouent quelques berceuses
Sous les feux du soleil couchant
Et d'une lune rêvasseuse
Montant à l'appel de ce chant

Le vent m'amène des arômes
D'épices glanées au marché
Transportés par dessus les chaumes
Juste pour moi, me réchauffer

Alors que s'éveille l'aurore
Pour un périple je repars
Et vais rejoindre les Comores
Sur quelques nuages épars

Je ne suis qu'un épouvantail
Mais j'ai en moi la joie de vivre
Rêvant des couleurs de Shanghai
De ses senteurs qui me font ivre

Je ne suis qu'un épouvantail
Régnant sur son lopin de terre
Vêtu d'un bien pauvre chandail
Pâle descendant de Cerbère


Le 08/12/2009 © JFP

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